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Aquatique cabaret
Excentriques consœurs des sirènes de l’Odyssée, les Sea Girls n’ont
rien à envier à leurs antiques aînées… peut-être même sont elles de
meilleures intrigantes, de celles qui vous rendent complices de leur
emprise. Car c’est sans frémir que l’on tombe sous le joug de leurs
enjôleuses mélodies. Tantôt acidulées, tantôt câlines elles nous
plongent dans l’univers déluré d’un cabaret girly mais pas gnan-gnan où
surréalistes cocasseries, joyeuses férocités, et visuels hauts en
couleurs enchantent l’œil et l’oreille. A n’en point douter, Ulysse
n’aurait pas été fâché de croiser ces impertinentes !

L’extravagance
sophistiquée de leur mise est déjà tout un spectacle. Joyeusement
détournées, les références esthétiques des Sea Girls convoquent
plusieurs figures. Celle de la geisha (port du kimono), de la créature
de manga (variations chatoyantes et un brin destroy autour dudit
kimono) et bien sûr de la sirène (qui émerge presque d’elle-même de la
fusion entre les deux premières). Voilà donc un nouveau genre. Le genre
des Sea Girls. Ou des seagulls (mouettes), tant nos bavardes et
gouailleuses demoiselles ont, en matière de pia-pia, le piquant et la
ténacité de ces aquatiques volatiles.
Et sur quoi déblatèrent t-elles ? Les histoires d’amour bien
sûr, mais pas seulement. Certes la chasse à l’homme, le blues de la
célibataire et les dépressions post-rupture font partie des truculents
sujets de leur répertoire. Mais les fabulettes décalées (le surprenant
destin d’une bergeronnette prisonnière d’une bouse), les petits riens
très essentiels (avoir pour la première fois un sac de dame) et autres
incongruités ne manquent pas d’inspirer ces étonnantes créatures.
Expertes en grimaces, borborygmes et petits bruits bizarres, jouant les
pestes complices ou les chipies promptes à se crêper le chignon, elles
assurent en outre de charmants tableaux dansés et excellent tant dans
la chanson solo (où chacune fait sa « star ») que dans l’exercice
polyphonique.

On se régale. Un peu comme on se régale d’un voluptueux gâteau et de
son aérienne cerise. Parce que c’est léger mais pas light. Parce que
leur effervescente joie de vivre est comme portée par une folle
sagesse, celle qui s’exprime dans un « hymne » où sont réhabilitées
d’apparentes et truculentes contradictions (« c’est pas parce qu’on est
une femme qu’on connaît le prix du beurre ») et proclamés les vrais
petits bonheurs de l’existence (« chanter des chansons » au même titre
que « faire pipi sur le gazon »…). C’est ludique, décalé, pas prise de
tête pour un sou, et en même temps très inspiré et très généreux : le
genre de créativité qui vous bariole le cœur d’une solide couche de
bonne humeur.
Une vraie réussite, portée tant par la personnalité de ces quatre
sirènes, que par le talent des divers contributeurs. Parmi eux,
Jean-Max Rivière qui a concocté une bonne partie des chansons du
répertoire : le charme joueur et rétro de ses séduisantes ritournelles
sied particulièrement à ces dames. Familier du groupe, Fred Pallem
signe les arrangements musicaux et offre au spectacle une impeccable
tenue sonore. Du beau monde en amont de cet univers, mais sur scène
également, les miss sont bien entourées : les deux musiciens
(Christophe Doremus à la contrebasse et Benoît Simon à la guitare) sont
témoins et parfois acteurs de leurs folies…que de surprises en
perspective !
Agnès Jaulin |