A deux pas du Moulin Rouge et de ses French Canqueuses paillettées et plume dans le derrière, la Nouvelle Eve accueille
jusqu'en mars 2009, les Sea Girls, quatre nanas exhubérantes qui apportent une touche très
Not For Tourist,
piquante et savoureuse au genre "Music - Hall" qu'on pensait agonisant
et réservé aux Touristes et aux shows télé de Patrick Sébastien.
Toutes vêtues de chinoiseries turquoise et rouges, coiffées de plumes
et de postiches, accompagnées à la guitare et la contrebasse dans un
décors d'une grande simplicité (un pousse pousse, des chaises, des
éventails), elles nous embarquent - à bord de leur pousse pousse
évidemment, dans un monde de chansons un peu folles, qui évoquent le
meilleur de Boby Lapointe, Vian ou Quenneau entre quotidien, poésie
absurde et fantasmagories.
Qu'elles interprètent des chansons originales de Jean Max Rivière ou
Fred Pallem, ou reprennent des textes de Guitry, Desarthe ou Salvador,
elles le font avec une personnalité, un charisme et un investissement
remarquables et avec une singulière justesse vocale mêlée de fantaisies
sonores réjouissantes.
D'emblée, cette harmonie musicale (que l'on soit ou non amateur de
chanson française) capte et séduit, prouvant haut la main (et les
coeurs) qu'il est possible d'associer jeu scénique et chorégraphique
effervescent et drôle et qualité acoustique.
Un son juste, servi par une diction formidable et des arrangements et orchestrations fins et subtils.
Mais, Les Sea Girls ne sont pas juste des interprètes de talent, elles
sont aussi des comédiennes brillantes, qui, aussi imprégnées de leurs
personnages qu'elles soient, n'en font jamais trop, sans pour autant
donner l'impression de se retenir.
Sous
leurs costumes et leurs apprêts, ce sont des filles que, nous,
dirait "normales" parce que pleine de paradoxes (voir la chanson "Pipi sur la gazon"),
un peu barrées, aussi sexy que gouailleuses, bien pêchues, de ces
filles qui assument complètement de ne pas toujours être gracieuses et
élégantes (et qui le sont, justement, pour cette même raison), d'avoir
mal aux pieds et d'enfiler des chaussons doudoune, de se taper
d'énormes sandwichs au camembert en s'en mettant partout, de renifler,
de tomber, de se battre à s'en arracher les cheveux, de rire gras...
Chacune dans leur propre "rôle", elles incarnent toutes la bonne copine
aussi attachante qu'énervante, jamais "girly", superficielle ou
poseuse, ni féministe à tout crin.
La bonne copine qui a toujours quelque chose à raconter. Et,
elles en racontent des choses au fil de leurs chansons saynètes qui, si
elles se succèdent sans suivre de fil narratif, trouvent leur cohérence
dans un goût du pastiche léger, du second degré, de l'autodérision mis
au service de textes ciselés et malins et de mélodies entraînantes et
entêtantes.
Ca fuse et ça pétille sans discontinuer, riant des conventions de l'opérette, de la chanson et même des numéros de magie!
Le public, très hétéroclite hier soir, de tous âges et de tous
horizons, était unanimament conquis et nous, on est ressorti guilleret
et fredonnant.